Avant que ce profil ne porte un nom, il y avait déjà ce mouvement en vous, une insatisfaction sourde, jamais brutale, qui rendait certaines journées plus longues que d'autres. Vous ne saviez pas encore le formuler, mais vous saviez ce que vous ne vouliez plus.
Vous avez en tête une image très précise, celle qui revient les soirs où la décision vous semble trop lourde. Une fin de journée où l'on rentre, on pose le sac, on allume l'écran, pas par paresse, mais parce qu'il n'y a rien dehors. Pas de voisinage à croiser, pas de rue à prendre, pas de place où traîner sans surveillance. Cette image vous fait plus peur que tout le reste. Pas parce que vous diabolisez les écrans, mais parce que vous savez ce qu'ils signalent : un dehors qui ne se prête plus à la liberté. Un environnement où l'on ne peut plus faire ses propres essais, ses propres rencontres, ses propres bandes du dimanche. Vous voulez offrir un terrain, pas un programme. Une cour qu'on traverse pour rejoindre du monde, un boulanger qui reconnaît tout le monde, un banc sur la place où l'on s'assoit à plusieurs et où l'on rit pour rien. Ce n'est pas du folklore, c'est une condition d'autonomie. Et l'autonomie ne se rattrape pas après coup. Vous ne voulez pas que la vie quotidienne se regarde de loin. Vous voulez qu'elle s'habite.
Quand vous regardez ce que vous refusez aujourd'hui, « une commune sans crèche ni école », « un lotissement anonyme » et « un trajet Lyon > 40 min », vous voyez bien que ce ne sont pas des caprices. Ce sont les leçons que vous avez tirées d'un quotidien qui ne vous ressemblait pas. Le passé n'est pas une page tournée : c'est la matière dans laquelle ce profil a pris forme.