Avant que ce profil ne porte un nom, il y avait déjà ce mouvement en vous, une insatisfaction sourde, jamais brutale, qui rendait certaines journées plus longues que d'autres. Vous ne saviez pas encore le formuler, mais vous saviez ce que vous ne vouliez plus.
Ce que vous fuyez vraiment, ce n'est pas l'open space, c'est l'idée que n'importe qui puisse passer la tête, frapper à la porte, vous demander une minute. Cette « minute » qui revient vingt fois par jour est devenue, vous l'avez compris, l'ennemi silencieux de votre pensée la plus profonde. Vous avez besoin de blocs longs, de continuité, d'un état intérieur que la moindre interruption casse pour deux heures. Le hameau au bout du chemin, c'est une frontière physique avant d'être symbolique : qui vient jusqu'ici sait qu'il dérange, et calcule en conséquence. Cette friction d'accès, qui semblait un inconvénient sur le papier, devient votre meilleur filtre. Vous ne fuyez pas les gens. Vous fuyez la facilité avec laquelle ils peuvent vous interrompre, parce qu'à la fin, c'est cette facilité qui détruit ce que vous savez faire de mieux. Vous ne cherchez pas la solitude. Vous cherchez le droit à la concentration. Ce n'est pas la même chose.
Quand vous regardez ce que vous refusez aujourd'hui, « un bourg animé », « un lotissement avec voisins à 3 mètres » et « une fibre instable », vous voyez bien que ce ne sont pas des caprices. Ce sont les leçons que vous avez tirées d'un quotidien qui ne vous ressemblait pas. Le passé n'est pas une page tournée : c'est la matière dans laquelle ce profil a pris forme.